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- 23 janvier 2010:
Le malheur d’Haïti
jeudi 21 janvier 2010 Le malheur, dirait-on, frappe toujours les mêmes miséreux… Le séisme de Port-au-Prince fera peut-être plus de 200 000 morts (et 2 ou 3 millions de réfugiés) : à l’heure où j’écris, nul n’en sait rien. Ce qui, en revanche, ne fait aucun doute, est qu’Haïti ressemble à ce que pourrait devenir toute la Terre. Je le disais dans L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, où (voici 5 ans) j’écrivais ce texte : Je me rappelle Hispaniola, cette Grande Antille aujourd’hui partagée entre Haïti et Saint-Domingue.
Les sylves originelles ont été rasées et brûlées. Privé de son ancrage de racines, l’humus a dégouliné vers la mer avec les pluies. La terre fertile a laissé la place à une latérite rouge, dure comme le roc, où rien ne pousse. Dans l’océan, les récifs de coraux ont été asphyxiés par la boue : or, ils constituent la base de la pyramide alimentaire dont dépendent mollusques, crustacés et poissons. L’humus manque au-dessus de la surface et tue au-dessous : double effet de la prolifération, de l’imprévoyance et de la rapacité de notre espèce, pour laquelle il n’est de bon espace que celui qui rapporte – et vite ; et beaucoup… Je crains qu’Haïti et Saint-Domingue ne nous montrent ce que sera, demain, la planète entière. Nue. Moche. Stérile. Hostile. Je songe à ce misérable pêcheur, dans sa pirogue mal taillée, au large de Cap-Haïtien. Il relève son filet. Il n’a pris qu’un minuscule poisson. Je lui demande : « Ne devrais-tu pas le remettre à l’eau, afin qu’il grandisse, se multiplie et donne de bonnes pêches à tes enfants ? » L’homme me répond tristement : « Demain, peut-être. Mais c’est aujourd’hui que je dois rapporter à manger à mes enfants… » source : yves-paccalet.fr
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