Revêtements antiadhésifs et compagnie, l’inquiétude grandit

Si nous avons conscience que notre quotidien est semé de dangers potentiels, certaines menaces sont, toutefois, moins visibles que d’autres. C’est notamment le cas du PFOA ou acide perfluorooctanoïque. Sous cette appellation se cache une substance entrant dans la fabrication des composés dits perfluorés, lesquels, à la faveur de leurs propriétés anti-humidité et anti-tâche, intègrent de nombreux produits industriels. On les rencontre ainsi dans les ustensiles de cuisine tels que les poêles antiadhésives, les emballages (pizza…), les cosmétiques, les textiles, les chaussures, les meubles et moquettes, les peintures, les lubrifiants et cires pour sols et voitures etc. Aussi, n’est-il pas surprenant que des marques connues comme Téflon, Silverstone et Gore-Tex aient recours à ce type de substances.

Or, sous l’action de la chaleur, le PFOA peut se dégager du composé perfluoré initial pour finalement gagner l’organisme humain. Cette perspective est loin d’être rassurante, le PFOA étant reconnu comme perturbateur endocrinien, capable d’influer sur le système hormonal, à l’instar du si décrié Bisphénol A. Par ailleurs, l’acide perfluorooctanoïque est classé par l’Union européenne comme un cancérogène de classe 3 avec « possibilités d’effets irréversibles » et comme un toxique pour la reproduction de classe 2, présentant des « risques d’effets néfastes sur l’enfant pendant la grossesse ». L’UE lui reconnaît, en outre, les propriétés suivantes : « nocif par inhalation et par ingestion », « irritant pour les yeux » et « risques d’effet grave pour la santé en cas d’exposition prolongée par ingestion ».

Appelée à faire la lumière sur les poêles antiadhésives, suite à la demande de l’association de consommateurs UFC- Que Choisir Calvados, l’AFSSA (1) a émis un avis le 13 mars 2009, rendu public fin juillet. Contre toute attente, elle y déclare que « le risque pour la santé des consommateurs relatif à la présence résiduelle de PFOA dans les revêtements antiadhésifs des ustensiles de cuisson des aliments est considéré comme négligeable ». Le Réseau Environnement Santé s’oppose fortement à cet avis, dénonçant la non prise en compte de nombreuses études épidémiologiques menées sur la question. Aurait ainsi été écartée une étude réalisée au Danemark, et publiée en juin 2009, démontrant une baisse de la qualité du sperme en cas d’exposition au PFOA. Chez les hommes les plus imprégnés, la baisse du nombre de spermatozoïdes serait proche du seuil d’infertilité. Des études parallèles ont également mis en avant un excès de cancer, une atteinte du développement avec une baisse du poids de naissance et de taille aux Etats-Unis, ainsi qu’une baisse de la fécondité liée au niveau d’imprégnation maternelle. Ces constats sont d’autant plus inquiétants que, d’après l’agence fédérale Centers for Disease Controls, 98 % de la population des Etats-Unis sont imprégnés au PFOA.

Parmi les principaux reproches adressés à l’enquête menée par l’AFSSA, le réseau regrette que l’agence n’est pas tenue compte de la coexposition avec d’autres composés perfluorés, à l’image du PFOS, un composé de toxicité voisine au PFOA mais interdit en Europe depuis 2008. Autre lacune, l’étude ne prend pas en considération les autres sources d’exposition aux composés perfluorés, notamment l’eau et les poussières dans l’environnement intérieur. Pour preuve, le PFOA a été détecté dans 97 % des échantillons prélevés dans plus de 100 rivières des 27 pays européens.

Cécile Cassier
Source : Univers Nature

1- Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments.

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