|
La législation européenne sur les énergies renouvelables a fait naître
un nouveau marché mondial : celui des combustibles à base de bois.
Outre le vent et le soleil, une autre source d’énergie renouvelable est
en plein développement : l’humble granulé de bois. Les groupes
énergétiques européens s’arrachent ce produit pour le brûler, au même
titre que le charbon, dans leurs centrales thermiques. Du reste, un
marché mondial commence à se former pour satisfaire leur appétit
croissant, et le sud-est des Etats-Unis fait tout pour en profiter. En
Floride, dans l’Alabama et dans l’Arkansas, les usines de granulés
poussent comme des champignons.
Ces petits cylindres, qui ressemblent à de gros comprimés de vitamines,
sont obtenus par compactage de sciure ou de copeaux de bois séchés. Ils
sont plus coûteux que le charbon, mais permettent de produire de
l’électricité à meilleur compte que les éoliennes ou les panneaux
solaires. Et, comme la quantité de CO2 rejetée correspond à celle
absorbée par l’arbre pendant sa croissance, on considère généralement
que le bilan carbone de sa combustion est neutre. Selon les industriels
et les analystes du secteur, les granulés constituent donc le moyen le
moins cher de répondre aux exigences européennes en matière d’énergie
renouvelable. D’ici à 2020, 20 % de l’électricité produite par les Etats
membres de l’Union européenne (UE) devront provenir de sources
renouvelables. Au premier trimestre 2009, l’UE a importé pour 66,2
millions d’euros de granulés et autres combustibles à base de bois, soit
62 % de plus qu’au cours de la même période de l’année dernière.
C’est un marché complètement artificiel, commente Christian Rakos,
directeur de Propellets, la fédération des producteurs autrichiens de
granulés. Aucune centrale électrique n’envisagerait un seul instant de
recourir à ce combustible si elle n’y était pas obligée. Il n’empêche
que l’engouement des Européens pour ces bâtonnets a fait des Etats-Unis
un exportateur d’énergie. Jusqu’à une date récente, le pays ne comptait
qu’une quarantaine d’usines, qui fabriquaient environ 900 000 tonnes de
granulés par an, destinés essentiellement au chauffage domestique. Mais,
en mai 2008, Green Circle Bio Energy a inauguré une usine à Cottondale,
en Floride, dont l’intégralité de la production, soit 500 000 tonnes par
an, est transportée par voie ferrée vers le littoral puis embarquée pour
Rotterdam, aux Pays-Bas. La société, contrôlée par le suédois JCE Group
AB, prévoit de construire un deuxième site aux Etats-Unis.
Une autre unité de même capacité, appartenant à l’Américain Dixie
Pellet, a également démarré son activité l’année dernière à Selma, dans
l’Alabama. De son côté, Phoenix Renewable Energy devrait lancer en août
la construction, pour 100 millions de dollars [71 millions d’euros],
d’une usine de 250 000 tonnes par an à Camden, dans l’Arkansas, couplée
à une centrale de 20 mégawatts qui fonctionnera avec des résidus de
bois. L’industriel, qui s’est d’ores et déjà engagé par contrat à
réserver pendant cinq ans sa production à l’Europe, a cinq autres
projets similaires dans ses cartons.
Les granulés sont produits à partir de déchets de scierie ou de bois
tendres et à croissance rapide comme le pin, issus de forêts
industrielles. En Floride, Green Circle brûle l’écorce préalablement
retirée de l’arbre pour générer la vapeur nécessaire à la production des
bâtonnets. L’arbre lui-même est réduit en copeaux, lesquels sont ensuite
séchés puis broyés. La poudre obtenue est alors comprimée sous haute
pression. Ces usines n’ont aucun mal à s’approvisionner en matière
première. L’industrie de la pâte à papier est en déclin, et la crise de
l’immobilier a réduit les besoins en bois d’œuvre. Les propriétaires de
forêt sont ravis de voir les producteurs de granulés prendre le relais.
Nous baignons dans une exubérance irrationnelle, reconnaît Lee
Laechelt, directeur général de l’Association des propriétaires de forêts
de l’Alabama.
L’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Argentine et le Vietnam, tout comme
le Canada et l’Afrique du Sud, exportent également des granulés vers
l’Europe. Ce produit est en train de devenir une nouvelle matière
première au plan mondial, dont les prix s’affichent à la Bourse de
l’énergie d’Amsterdam. Il commence à se négocier comme le charbon,
explique Helmer Schukken, le président de GF Energy, une société de
négoce de Rotterdam. Mais les centrales électriques américaines
pourraient bientôt s’intéresser à leur tour aux granulés. La Californie,
qui prévoit de produire un tiers de son électricité à partir de sources
renouvelables d’ici à 2020, étudie la possibilité d’utiliser les
produits du bois dans ses centrales à charbon. Si une norme fédérale en
matière d’énergies renouvelables est adoptée, nous n’exporterons plus
notre production, prévient Steve Walker, le directeur du développement
de Phoenix Renewable Energy. Nous la réserverons au marché local.
Source : http://www.courrierinternational.com
Le Vignal de la Bio : Une actualité choisie et parfois commentée.
Accèder à notre rubrique actualité.
|