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Tragédie. Dans un lointain futur, les scientifiques découvriront dans le mille feuilles de notre géochronologie une couche dite « plastique » qui permettra de dater assez précisément une période allant de la seconde moitié du XXe siècle au XXIIe siècle.
Cette mince strate de plastique fossile pourrait marquer une sixième période d’extinction des espèces, un peu comme la fameuse limite KT (crétacé - tertiaire) - 1 à 2 cm de suie et de métaux lourds (iridium, platine et or) - marque l’extinction des dinosaures.
Contemporains de ce phénomène, nous pouvons agir pour en limiter les effets.
La chose est sans nul doute réalisable avec les déchets terrestres, on s’y emploie avec succès en limitant l’usage des sachets dans les supermarchés, mais qu’en est-il des déchets marins ?
Ils constituent une pollution qui concerne tous les océans de la planète. Les macro déchets, tels que sachets et objets en plastique, fragments de filets, cordages et débris de même matière, blessent, estropient et causent la disparition d’un grand nombre d’espèces marines telles que tortues, albatros, phoques, baleines, dauphins entre autres poissons, soit parce qu’ils piègent les malheureux animaux qui s’y frottent, soit parce ces matériaux, souples et translucides, ressemblent aux proies dont se nourrissent les animaux marins et qu’ils ingèrent. Pour la vie marine, ces déchets sont à l’origine de risques multiples.
Filets « fantômes »
S’agissant des plus gros déchets, sacs en plastique, matériel de pêche, filets et lignes mono filament, élastiques… l’enchevêtrement représente un danger mortel par noyade, étouffement, strangulation, blessures, incapacité à se nourrir.
Phoques et otaries paient cher leur curiosité et sont particulièrement affectés. Le taux d’enchevêtrement atteint chez eux jusqu’à 7,9 %. On estime que 58 % de phoques et d’otaries ont été confrontés à ce risque, parmi lesquels les phoques moines hawaïens, les otaries australiennes, les otaries à fourrure de Nouvelle-Zélande et certaines espèces de l’océan Austral.
Baleines, dauphins, marsouins, tortues marines, lamantins et oiseaux de mer ont tous été touchés par l’enchevêtrement. On a dénombré 80 espèces différentes de baleines et 6 espèces de tortues marines piégées dans le plastique. Des lamantins portaient des cicatrices ou ont perdu des palmes à cause de l’enchevêtrement. 56 espèces d’oiseaux de mer en ont également été victimes.
Enfin, les filets « fantômes », matériel perdu ou jeté, peuvent rester actifs et piéger poissons, tortues et cétacés longtemps après leur abandon. D’autres débris de plastique, plus petits, sont ingérés par des animaux qui les confondent avec des proies ou avec des algues. Sont concernés tortues marines et oiseaux de mer, sans oublier mammifères marins et autres poissons.
L’ingestion de ces corps étrangers peut provoquer l’obstruction du tube digestif ou donner à l’animal la sensation qu’il est rassasié, avec pour conséquence la malnutrition, la faim, suivie de la mort par inanition. Des études ont montré que de nombreuses espèces de tortues marines (environ 50 à 80 %) ont consommé des déchets marins.
Chez les juvéniles, le problème majeur est la dilution alimentaire, car le déchet occupe une partie de l’intestin, les empêchant de se nourrir suffisamment.
En ce qui concerne les oiseaux de mer, 111 des 312 espèces suivies ont souffert de l’ingestion de détritus, ce qui peut affecter un pourcentage élevé de la population (de 50 à 70 %).
Les déchets plastiques peuvent être transmis aux petits à travers la nourriture régurgitée par leurs parents.
L’un des troubles causés par l’ingestion de plastique chez les oiseaux est la perte de poids. En effet, faussement rassasiés, ils n’emmagasinent pas assez de graisse pour migrer, se reproduire. En conséquence, ils dépérissent.
Philippe Le Claire
source : http://www.lunion.presse.fr
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